Précédé d’un lever de rideau : La clef du grenier d’Alfred
de et mis en scène par Isabelle Andréani
Les reprises et toutes les dates de tournée avec Atelier Théâtre Actuel
Que représente pour vous la pièce de Musset « Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée »?
C’est pour moi, « LA » vraie déclaration d’amour, dans toute sa splendeur !
C’est aussi la vision d’un certain monde, un texte chargé d’un vécu authentique, propice à une joute oratoire très argumentée.
Nous sommes avec cette pièce, non pas dans le « roman autobiographique », mais ce que l’on pourrait appeler la « scène autobiographique »…
Il y a un lever de rideau, pourquoi ?
« Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée » est une pièce courte, souvent associée au « Caprice » : ce n’était pas notre envie de la monter dans cette association. Nous souhaitons plutôt évoquer Musset à travers ses écrits tout en donnant un certain éventail de son style.
Comment vous est venu l’idée de ce lever de rideau ?
Partant de l’envie de conter la vie de Musset, il m’est apparu évident de faire parler, non pas ceux qui le côtoyaient mais ceux qui vivaient au quotidien à coté de lui, ceux qui le connaissaient finalement plus que ses proches.
J’ai donc choisi ses domestiques, une servante un peu amoureuse et un cocher érudit… et imaginé une rencontre entre deux êtres fait l’un pour l’autre, avec de nombreux points communs… J’ai tenté d’écrire une fiction assez réaliste et très probable, donnant un certain relief au texte de « Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée »…
Comment seront le décor et les costumes ?
Un vieux grenier qui se transforme en salon par le simple imaginaire des personnages… Une matière riche en souvenirs, qui évoquent le passé, qui peut révéler des secrets enfouis, des trésors de manuscrits inachevés et inédits…et pour les costumes : une servante et un cocher du 19ème siècle !
Quelles sont vos ambitions pour ce spectacle ?
Le jouer devant des publics différents, permettre ainsi de faire découvrir Musset dans toute la splendeur de sa langue, conquérir les plus curieux admirateurs de cet homme de lettres, en les entraînant dans une histoire ludique, pleine de références et d’émotion…
Isabelle Andréani / Léonie / la Marquise
Après l’Ecole Supérieure d’Art Dramatique de la Ville de Paris, Isabelle Andréani continue sa formation dans le cadre de stages et rencontres avec notamment : Mario Gonzalez, A. Del Perugia, Gilles Nicolas, Ariane Mnouchkine, Elisabeth Chailloux-Abdel Hakim, Yoshi Oïda...
Elle a joué avec Jacques Seiler dans La Maison d’Os de Dubillard (1993), La Peau des Autres de Jordan Plevnes (1993), Les Folies Concertantes d’après Jarry-Radiguet-Vian (1998). Elle a été son assistante sur Quelqu’un de Pinget, et sur Heureusement que vous êtes là de Dubillard.
Elle a aussi créé en février 2002, en collaboration avec lui : « Le Moulin de la G…oulue » qu'elle a écrit, interprété, chanté et dansé.
Actrice de Compagnie, elle travaille avec de nombreux metteurs en scène, et participe à de belle créations, parmi les dernières : le rôle de Doupa La Godiche dans « Kroum l’Ectoplasme » d’Hanokh Levin au Théâtre de la Tempête, dans une mise en scène de Clément Poirée et « Puisque tu es des miens » de Daniel Keen, avec la Compagnie Sambre, sous la direction de Carole Thibaut …
Metteuse en scène, elle a monté et joué « La pétillante soubrette » de Goldoni qui a remporté un éclatant succès (plus de 150 représentations).
Parallèlement, elle est l’une des voix des « P’tites Bêtes » d’Antoon Krings, pour Gallimard Jeunesse depuis 2005.
Avec Xavier Lemaire, elle a joué « Adam, Eve et descendances …» de Pascal Bancou
Xavier Lemaire / Edouard / le Comte
Depuis 1995, il a signé 18 mises en scène, principalement d’auteurs contemporains vivants .Parmi ses dernières mises en scène, on citera : « L’imposture comique » de Pascal Bancou, « Asie Afrique » de Timothée Roux, « Fleurs et affinités » de Frédéric Rose, « Caserio Anarchiste », et « La Soupe aux Orties » de Roger Défossez pour lequel il a été le lauréat 2004 du Prix Charles Oulmont sous l’égide de la Fondation de France.
Comme Comédien, il a interprété plus de 30 rôles. Et notamment sous la direction de Nicolas Bataille dans « Viva Maîakowski, La cantatrice chauve, La contreverse du hublot de babord » au Théâtre de la Huchette et dernièrement pour Sylvain Lemarié dans « Le retour d’Ulysse » de Christian Grausteff.
Avec Isabelle Andréani, il a joué et mis en scène « Adam, Eve et descendances… » de P. Bancou.
Télérama n° 3042 du 30 avril au 6 mai 2008
Quand un comte -timide- rend visite à une marquise -blasée-, cela donne une déclaration d’amour aussi brillante que peu conventionnelle. Au lieu d’associer cette courte pièce d’Alfred de Musset (1810-1857), comme il est de tradition, Isabelle Andréani a eu l’excellente idée d’imaginer un dialogue entre le cocher et la servante de l’auteur. Une manière érudite et légère d’évoquer celui qui connut, notamment, une liaison tumultueuse avec George Sand. Dans un ravissant décor, Xavier lemaire et isabelle Andréani nous offrent un délicieux moment de théâtre. En sortant, on n’a qu’une envie : se (re)plonger dans l’œuvre d’Alfred de Musset.
Michèle Bourcet
Marianne n° 576 du 3 au 9 mai 2008
Badinage artistique
Celui qui suit professionnellement l’actualité théâtrale a de plus ne plus souvent l’occasion de pester après ces spectacles improbables se donnant dans des lieux impossibles suivant des horaires incommodes : ainsi de ce pauvre Musset condamné à la semi clandestinité d’une cave aménagée trois jours par semaine.
Cela dit qu’importe le flacon…Le charme de cette délicieuse scène de (futur) ménage entre une marquise fine mouche et un comte un peu balourd ne s’est pas éventé avec le temps. Et d’autant moins qu’elle est astucieusement habillée d’un prologue et d’un épilogue moderne dont les protagonistes sont les domestiques de M. de Musset, dont les rôles et les sentiments –théâtre dans le théâtre- se confondent avec ceux des personnages de la pièce. Pourquoi ne dit-on pas « Musetage » comme on dit « Marivaudage » ? Parce que le mot est vilain. La chose ne l’est pas et l’on prend un plaisir extrême à ce texte qui badine bien entre l’amour des mots et les mots de l’amour. Une plaisante mélodie en sous-sol.
Dominique Jamet
Campus Mag - mai 2008
Ces deux-là savent travailler ensemble. Après avoir été dirigée par Xavier Lemaire pour Le jeu de l’amour et du hasard au Théâtre Mouffetard en janvier dernier, Isabelle Andréani se charge de la mise en scène de cette pièce de Musset. Et la fait précéder avec talent d’un lever de rideau : ce sont la servante et le cocher du grand dramaturge qui se chargent de nous jouer cette pièce, dans le décor simple du grenier, où ils se sont rendus pour aller chercher des harnais. Tous deux admirateurs assidus de l’œuvre de leur maître, ils nous transmettent tout leur génie de ses créations : que ce soit par la correspondance fiévreuse qu’il entretenait avec George Sand, la lecture de tirades inoubliables (On ne badine pas avec l’amour) ou la mise en scène proprement dite d’Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée. Leur imaginaire se charge de donner au lieu l’aspect d’un salon et leur talent révèle avec justesse la beauté de la langue de Musset qui a su écrire et dire l’amour avec une passion et une aisance incroyables. Les répliques sont brillantes, le texte magnifique, la joie de ré-entendre ou de découvrir pour certains, la richesse de ces textes, presque jubilatoire...
C.C.
Fig Mag Supplément le Figaro N° 19048 du samedi 24 mai 08
Les petites pièces de Musset sont bien souvent de purs chefs-d’œuvre. L’auteur va à l’essentiel, sans se complaire, sans s’étaler, en parlant de se qu’il connaît le mieux. Les rapports humains et, plus particulièrement, les rapports amoureux. En ce sens, Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée est un petit bijou. On y voit une femme et un homme se frôler, se chercher, se trouver avec subtilité et intelligence. Au-delà du cynisme et de la lucidité. C’est proprement renversant. Musset a un sens inouï du dialogue juste. Son écriture est une réjouissance chaque fois renouvelée. Isabelle Andréani et Xavier Lemaire ont tout ce qu’il faut pour jouer de tels personnages : la vivacité et la finesse. Ils le savent et s’en donnent à cœur joie, d’autant que le petit plateau du Théâtre Essaïon est un écrin idéal. (...) le plaisir s’impose.
Jean-Luc Jeener
Les Trois coups mai 2008
Isabelle Andréani et Xavier Lemaire nous font redécouvrir non seulement une merveilleuse pièce, mais aussi, avec « La clef du grenier d’Alfred », lever de rideau charmant, un peu du monde de Musset. Léonie, la servante de Musset, et Edouard, son nouveau cocher ont perdu les harnais des chevaux du coche. Leurs recherches les mènent jusqu’au grenier de Musset, où ils découvrent ensemble, dans une pochette poussiéreuse, des fragments de pièces inachevées et des textes inédits. Un bout du personnage de l’auteur se révèle alors au public et aux deux serviteurs, passionnés de Musset. Ainsi, Edouard, quand il attend sur son coche, lit les œuvres du maître, et Léonie a le bonheur de vivre dans sa maison. Alors qu’ils font mime de chercher ces satanés harnais, un lien se tisse, et c’est lorsqu’ils décident d’interpréter Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée- pièce dont ils raffolent, qu’ils trouvent par hasard- qu’ils se déclarent indirectement leur amour.
Le théâtre Essaïon est presque parfait pour ce genre de pièce : il est très petit, dans le sous-sol, et les murs de pierre en voûte confèrent à l’endroit une ambiance de temps ancien, un véritable théâtre secret où le spectateur est voyeur. Le jeu de lumière chaude suggère un toit cassé, où filtreraient des rayons de soleil d’un après-midi d’été. Le décor est très recherché et très précis du grenier de Musset profite donc de cette atmosphère et s’en trouve plus saisissant.
Tandis que ce lever de rideau -signé Isabelle Andréani- nous semble familier (c’est le monde des serviteurs, des gens ordinaires), l’interprétation elle-même de Musset est impeccable. On pourrait croire que ce jeu astucieux de la pièce à l’intérieur d’une autre pièce va établir une distance avec l’œuvre initiale de Musset, voire l’affaiblir. C’est tout le contraire. Quand Léonie devient la Marquise, et Edouard le comte, ce ne sont pas deux employés qui jouent une pièce dans un grenier, c’est la flamme amoureuse qui s’allume. Dès les premières minutes, on est transporté ailleurs. On en oublie alors que c’est une pièce à l’intérieur d’une autre : c’est toute la force de la mise en scène.
Brillamment joué par le duo Andréani-Lemaire, Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée est un petit coup de génie de Musset peu connu- et c’est dommage ! Dans l’espace d’un salon où la Marquise reçoit le Comte, son ami, tous deux se jettent à la figure leur opinion sur les beaux sentiments. Je dis « se jettent à la figure », car c’est un dialogue brûlant qui constitue cette pièce, entre la fière Marquise, qui se moque des mondanités et déteste qu’on fasse lui fasse la cour- la « drague », comme on dit- et le pauvre Comte, qui tente tant bien que mal de laisser parler son cœur amoureux sans froisser l’humeur de son amie. Le texte est d’une finesse incroyable, et on a envie de relire Musset à la sortie. Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée est un très beau travail qui mérite un bien plus large public.
Betty ROSE