PRESSE pour Un Coeur Simple au Théâtre de Poche

Les échos de la presse…. octobre 2018

« Le Petit Rhapsode » (critiques théâtrales) / Richard Malgalditrichet        04/10/18

…et des papillons s’envolèrent de l’armoire…Un cœur simple est une nouvelle de Gustave Flaubert tirée du recueil Trois contes, publié trois ans avant sa mort. Celle-ci apparaît dans l’oeuvre de notre grand auteur comme une épure, un concentré de son style que certains trouvent ici à son apogée. Epure est également le terme qui convient exactement à la magnifique adaptation d’Isabelle Andréani, mise en scène par Xavier Lemaire.

L’histoire de Félicité, servante normande du XIXe siècle, ponctuée de chagrins, de deuils et de furtives joies, est à la fois émouvante, drôle, étonnante mais toujours terriblement humaine. Michel Tournier disait au sujet de la bonne : « Félicité est revêtue comme d’une armure de diamant par la simplicité de son coeur ». Ce spectacle en est l’illustration criante.

Dans une scénographie à la simplicité également à son image, le texte est mis en relief et nous captive, voire nous capture, et laisse apparaître tel un camée finement ciselé le visage d’Isabelle Andréani dans le rôle de la bonne toujours vaillante et courageuse. Son travail de comédienne est remarquable, sa bonhomie enjouée, son regard embué d’émotion rappelle le portrait de La Laitière de Vermeer. Experte, elle nous mène de bout en bout, nous fait découvrir le monde à travers son œil naïf mais toujours bienveillant. Reflet discret et résigné d’une Emma Bovary dans sa campagne normande, Isabelle Andréani nous offre une Félicité touchée par la grâce, avec laquelle nous ne pouvons que communier. Les papillons qui s’envolent à l’ouverture de l’armoire de l’enfant défunte sont comme les souvenirs qu’elle partage avec nous, tout en délicatesse et retenue.

Figure allégorique du monde du XIXe siècle, Félicité fait partie de ce peuple qui, déclarait Victor Hugo « a l’avenir, et qui n’a pas le présent ». Isabelle Andréani en est l’écho pour nous aujourd’hui et fait résonner, grâce à Flaubert, toutes les petites histoires et les petites vies qui nous ont façonné(e)s.

« Un cœur simple » de Gustave Flaubert, adaptation d’Isabelle Andréani,

mise en scène Xavier Lemaire; avec : Isabelle Andréani; Scénographie : Caroline Mexme

A partir du 2 octobre 2018 au Théâtre de Poche-Montparnasse

www.theatredepoche-montparnasse.com

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THEATRAUTEURS

Actualité théâtrale, chroniques          03/10/2018

Dernier des « Trois contes » et dernier ouvrage de Flaubert paru de son vivant en 1877, « Un cœur simple » est l’histoire de Félicité, fille de ferme normande qui deviendra  bonne à tout faire à Pont l’Evêque, chez Madame Aubain, qui la recrute sur un marché, comme on acquiert un nouveau bien.

L’histoire non pas tragique mais banalement triste de Félicité retrace la vie de milliers de jeunes femmes d’alors, souvent déracinées et se mettant ou étant mises à la disposition de familles plus ou moins fortunées.

Madame Aubain, bourgeoise, veuve désargentée est mère de deux enfants que Flaubert prénomme, comme pour s’amuser, Paul et Virginie, allusion au roman de Bernardin de Saint Pierre, modèle du roman du siècle précédent, comme un hommage du romancier type du XIXè à son grand prédécesseur.

Rappelons au demeurant que le roman « Paul et Virginie » tourne autour de la nostalgie du paradis perdu, et que cette notion du paradis, perdu ou à trouver, cette quête d’une paix que dans sa simplicité Félicité pourrait nommer « bonheur » est en filigrane dans ce « Cœur simple ». 

Le choix même du prénom de Félicité n’est pas anodin : issu du latin, signifiant chance, c’est un substantif qui signifie bonheur et joie. Notre Félicité fait mentir son prénom et reste une femme gentille et, pour être anachronique, assez soumise.

Dupée dans son unique histoire d’amour, elle va reporter sur les enfants Aubain, puis sur son neveu toute son affection et elle subira les départs successifs des êtres aimés, pour reporter son intérêt et ses sentiments sur Loulou, son perroquet chamarré.
 
Isabelle Andréani nous donne à voir, nous offre réellement, comme un divin présent, un personnage formidable de vie et d’humanité, riche de sentiments cachés, d’émotions retenues, d’amour inexprimé.

Elle est entrée dans la peau de Félicité et l’incarne comme rarement on voit un personnage être habité. Sa parfaite diction, la maîtrise absolue de son corps, de ses mouvements, de ses muscles, de son visage même confèrent à cette Félicité de roman une existence et une personnalité admirables.

Mise en scène, avec efficacité et intelligence par Xavier Lemaire, dans un espace scénique assez difficile, toujours en mouvement comme pour retracer la multiplicité des menues tâches ménagères qui épuisaient le personnel d’alors, soumis aux exigences de l’employeur, travaillant sept jours sur sept et devant être disponible 24h sur 24, Isabelle Andréani rend présente cette  Félicité ; elle est partout à la fois, esquisse le portrait  d’autres personnages, comme sur un tableau de Seurat, en pointillés, pour suggérer en nous laissant le troublant sentiment que l’on voit.

Flaubert, le cauchois rigide, le bourru assez peu ouvert, au fond, et plutôt refermé sur son œuvre et lui-même, ouvre ici grandes les portes de l’empathie à l’égard des « petites gens », ceux dont son disciple Maupassant fera plus grandement encore le tour tout au travers de son œuvre.

Ce « Cœur simple » témoigne parfaitement de son courant d’écriture, qu’il a voulu, et qu’on nommera, parce que la commodité veut toujours que nous nommions, le réalisme, lequel peut s’apparenter, comme un cousin à la mode paysanne, au naturalisme, plus dru, plus cru, d’un Zola qui viendra assister aux obsèques de Gustave, à Rouen, en 1880.
 
Dans son interprétation formidable, Isabelle Andréani parvient en une heure quinze à faire passer son personnage de la jeune femme dévouée et réservée à la femme âgée, mourant dans une vision du Saint Esprit colorée, miraculeuse, inopportune. Et c’est cette inopportunité, cette non convenance, qui doit nous amener à nous interroger sur la vie des autres, leur façon de voir le monde, d’y vivre, de le subir.

L’épiphanie que vit Félicité la place d’emblée au rang des personnages inoubliables. Cette illumination la grandit davantage, qui n’en fait pas pour autant une mystique, mais lui donne un caractère plus attachant encore dans sa simplicité.

Nous avons assisté à un spectacle total, sur un texte magnifique d’humanité et de vérité,  parfaitement adapté et restitué par son interprète.

L’exigence de qualité du Théâtre de Poche n’est une fois de plus pas démentie, et ce spectacle qui vient de commencer est de ceux dont on se dit que le rater serait gâcher une merveilleuse occasion de bonheur, un bonheur inquiet, face à une belle âme. 

Frédéric ARNOUX ©

5/10/2018